La tulipomanie (1637)

août 9

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Jeremy Salle

août 9, 2021

Chômage, Crise économique, Crise financière, Finances, Krach boursier, Scandale, Tulipomanie

La tulipomanie atteint sa phase la plus critique en février 1637. La crise de la tulipe (1620-1637), appelée tulipomanie, est un épisode célèbre de l’histoire économique des Pays-Bas, au cours duquel le prix des oignons de tulipe connut une hausse vertigineuse avant de retomber tout aussi brutalement qu’il n’était monté.
Un bulbe de tulipe valait à son plus haut, l’équivalent de 10 à 15 fois le salaire annuel d’un artisan spécialisé.

La crise de la tulipe est souvent considérée comme l’une des premières bulles spéculatives qui aient été documentées.
Comment le commerce de la tulipe a donné lieu au premier krach financier de l’histoire ? Retour sur la crise de la tulipe ou l’histoire improbable d’un bulbe qui a conduit à la ruine de nombreux investisseurs néerlandais.

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Qu’est-ce que la tulipomanie ?

La crise de la tulipe (1620-1637) est un épisode célèbre de l’histoire économique des Pays-Bas, au cours duquel le prix des oignons de tulipe connut une hausse vertigineuse avant de retomber brutalement.
Appelée tulipomanie, cet événement est considéré comme étant la première bulle spéculative documentée de l’histoire. Le prix des bulbes de tulipe s’est envolé en peu de temps, en atteignant des sommets jusqu’au jour où les cours se sont brutalement effondrés, les bulbes se faisant de plus en plus rares du fait des intempéries. Les vendeurs ne pouvaient plus fournir leurs acheteurs et de nombreuses personnes finirent ruinées.

Qu’est-ce qu’un krach ?

Faisant en général suite à une hausse rapide et décorrélée d’une réalité économique (une bulle spéculative), un krach est une chute brutale et de grande ampleur des cours d’une ou de plusieurs catégories d’actifs. On parle de krach boursier pour désigner un effondrement des cours des actions sur une ou plusieurs places financières. Au delà de la baisse généralisée de la capitalisation boursière des entreprises cotées, l’impact d’un krach boursier a des répercussions sur l’économie réelle. Les entreprises ne se font plus confiance concernant leur capacité financière à honorer leur contrat, et l’argent ne circule plus. Les consommateurs se mettent à épargner massivement ce qui réduit les bénéfices des entreprises (car moins de ventes) et elles licencient. L’Economie se retrouve dans la plupart des cas paralysée.

Pourquoi un tel engouement pour la tulipe ?

Contrairement aux autres pays européens qui se trouvent dans une situation de stagnation, les Provinces-Unies (l’équivalent des Pays-Bas aujourd’hui) connaissent une certaine liberté de culte, d’opinion et surtout une croissance économique forte. Cette époque est d’ailleurs qualifiée d’âge d’or néerlandais.

À partir de la fin du XVIe siècle, le nord de l’Europe voit se développer un engouement extraordinaire pour les fleurs en général et les tulipes en particulier mais aussi pour le jardinage et la botanique. Les bulbes les plus recherchés s’échangent pour plusieurs milliers de florins, alors qu’un ouvrier spécialisé gagne environ 150 florins par an.


La tulipe, originaire de Constantinople, est considérée comme une plante rare et est méconnue du grand public. es gens de cette époque se passionnent pour la création d’hybrides et de nouvelles variétés voient le jour. La tulipe fait l’objet de plus en plus de convoitise, à tel point que même des voleurs s’immiscent dans les jardins botaniques pour voler les bulbes.
Rapidement, la tulipe devient le symbole du luxe, la fleur désirée par la bourgeoisie fortunée. La tulipe fait son apparition dans les livres, les peintures, les catalogues commerciaux…

On invente alors de nouvelles variétés et les ventes d’oignons de tulipes explosent. Les autres contrées ne sont pas en reste et la tulipe néerlandaise connaît un franc succès notamment en France.
Les bulbes sont plantés entre juin et septembre et c’est à ce moment-là que les échanges d’oignons de tulipes se font au comptant. Le reste de l’année était utilisé pour ce que l’on pourrait appeler aujourd’hui des contrats à terme. Vendeurs et acheteurs signant un contrat pour une livraison plus lointaine, comme par exemple dans plusieurs mois.

Le fait de régler son achat à terme développe rapidement les échanges. On s’engage dès l’hiver à acheter en été, au moment où il pourra être transplanté, avec l’espoir de le revendre soi-même avec profit.


Un projet discuté à l’automne 1636 et soumis au Parlement l’année suivante prévoit que les contrats n’incluront plus une obligation d’achat, mais ne seront que des options d’achat. Autrement dit, une personne qui dispose d’une option d’achat pour un prix fixé à l’avance, n’est pas obligé de s’affranchir de cette contrainte.
C’est une aubaine pour les spéculateurs, qui affluent sur le marché, jusqu’à ce jour de février 1637 où les cours s’effondrent brusquement lorsque les vendeurs ne peuvent pas livrer leurs bulbes et les acheteurs se trouvent dans l’incapacité d’honorer leurs contrats.

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Déroulement des événements

Histoire de la compagnie des Indes Orientales

En 1602 est créée la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Dotée d’un capital initial de 6,5 millions de florins (monnaie de l’époque) réparti en actions de 3 000 florins, cette compagnie commerciale fut la première Société Anonyme de l’histoire. Cotée en Bourse, elle distribuait chaque année des dividendes à ses actionnaires, en fonction de ses bénéfices issus du commerce avec les Indes (thé, épices, tissus, soie…). En 1621 la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales fut créée, filiale de la précédente, qui commerçait avec les destinations de l’ouest, c’est-à-dire principalement l’Afrique de l’ouest et l’Amérique. En Afrique, la Compagnie fit principalement le commerce de l’or, de l’ivoire et des esclaves. En Amérique, elle commerça de la fourrure et du sucre via le nouveau territoire des Provinces-Unies, la Nouvelle-Néerlande, qui correspond de nos jours à la ville de New-York (appelée à l’époque Nouvelle-Amsterdam) et ses alentours. Les Provinces-Unies étaient donc à la tête d’un grand empire commercial qu’elles avaient acquis grâce à leur puissance maritime. Comme les affaires de la Compagnie étaient florissantes, de nombreux marchands néerlandais s’enrichirent. De plus, la liberté qui y régnait attirait des créateurs d’entreprise et des ouvriers en provenance de toute l’Europe.

Les échanges de tulipes

Cultivées au début dans l’Empire Ottoman (la Turquie), les tulipes sont considérées comme un objet de luxe, et ornent par exemple les gigantesques jardins de Constantinople. Comme le commerce international se développait de plus en plus à cette époque, Charles de l’Ecluse, flamand passionné de botanique et considéré comme le père de l’horticulture, importa des bulbes de tulipes de l’Empire Ottoman à la fin du XVIè siècle. Les Néerlandais étaient particulièrement friands des tulipes à motifs tigrés, les Semper Augustus (aujourd’hui appelées les tulipes Rembrandt, en hommage au célèbre peintre de l’Ecole hollandaise du XVIIè siècle). Il se trouve que ce spécimen de tulipe est en fait contaminé par un virus qui donne l’aspect tigré à ses pétales. Comme l’horticulture venait d’être créée, les connaissances dans ce domaine étaient limitées et les cultivateurs étaient obligés de se servir uniquement de bulbes contaminés par le virus, au lieu de graines, afin d’obtenir leurs Semper Augustus, ce qui demandait beaucoup de travail.

De plus, le rythme de reproduction des bulbes contaminés est plus lent que celui des bulbes sains, d’où une certaine rareté. Ainsi, les tulipes tigrées étaient un produit non seulement difficile à produire, mais également très demandé par la nouvelle bourgeoisie néerlandaise. La tulipe a subi un effet Veblen, c’est-à-dire qu’elle est devenue un produit de luxe permettant une distinction sociale et dont la hausse du prix entraîne une hausse de la consommation. En temps normal et d’après la loi de l’offre et la demande, plus un produit est cher, moins il sera acheté et inversement (le luxe échappant à cette règle).

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La création des produits dérivés et des options

Sur ce marché à terme, une personne peut acheter une tulipe au mois de décembre (la tulipe n’existe donc physiquement pas encore) et promettre de la vendre à un acheteur intéressé au mois de juin (la tulipe existera bien, si toutefois la production de tulipe suffit à la demande). On parle alors de contrat à terme. Les Néerlandais sont à l’origine de nombreux instruments financiers modernes. Dans notre cas présent, ce sont des produits dérivés et des options. Avec l’euphorie générale, la spéculation fait son apparition.

Tout est fondé sur les anticipations des agents économiques. Par exemple, si en juin 1634 un investisseur a acheté une tulipe à un prix donné d’un montant x, comme il anticipe une montée des prix car la demande augmente et que la tulipe est un bien rare, le prix y l’année suivante devrait être supérieur au prix x. Il va donc acheter sa tulipe aujourd’hui et se la faire livrer l’année suivante. Mais comme le vendeur anticipe également une hausse du prix de la tulipe l’année prochaine, il la vendra au prix actuel majoré d’un certain montant, et ainsi de suite.


L’enrichissement des Provinces-Unies grâce à leur puissance maritime et le commerce international ont contribué à créer un phénomène d’inflation puisque la quantité de monnaie en circulation a rapidement augmenté.

L’éclatement de la bulle du bulbe

Le problème est qu’au bout d’un moment, non seulement le prix des tulipes devient anormalement élevé, mais aussi le nombre de tulipes vendu à terme devient supérieur au nombre de tulipes réellement produit, à tel point que les Néerlandais ont qualifié la spéculation sur les contrats à terme de Windhandel, ce qui se traduit littéralement par “commerce du vent”. Ainsi, en février 1637, la chute des cours est aussi inattendue que brutale.

En 1635, 40 bulbes de tulipes s’achetaient 100 000 florins. Sachant qu’un florin est à peu près équivalent à 10 euros d’aujourd’hui, cela signifie qu’un bulbe de tulipe valait 25 000 euros.

En février 1637, les prix étaient si élevés que la demande chuta soudainement et entraina avec elle l’effondrement des prix. Mais avec les contrats à terme, des engagements étaient pris et devaient être honorés (tous ne le seront pas), ce qui provoqua la ruine de nombreux spéculateurs et la richesse de quelques autres. En effet, certains achetèrent des tulipes en février 1637 au prix du marché (qui était très bas) et les revendirent au prix conclu avant l’éclatement de la bulle (qui était élevé). Ceux-là s’enrichirent.

Les autres, qui durent acheter des tulipes à un prix exorbitant, se retrouvèrent soit avec un stock de tulipes ne valant presque plus rien soit en situation d’insolvabilité et ils ne purent alors pas honorer leurs engagements.

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La prise de conscience de la bulle spéculative

Les prix commencent à réellement exploser en 1634 jusqu’à fin 1636. Au plus fort de la bulle, des promesses de vente pour un bulbe de tulipe pouvait se négocier à un prix record de 6 700 florins, ce qui correspond à la valeur de deux maisons à l’époque, et vingt fois le salaire annuel d’un ouvrier spécialisé.

En février 1637, les spéculateurs se rendent compte de l’irrationalité de ce phénomène. Le prix des contrats à terme des bulbes de tulipe s’effondre brutalement. La chute des cours est si subite que de nombreux contrats ne peuvent être honoré. De nombreux marchands firent banqueroute. En avril 1637, tous les accords spéculatifs furent annulés et le prix maximum pour un bulbe de tulipe fut fixé à 50 florins.

Différentes crises “récentes” qui ont suivi

Panique des banquiers en 1907

La panique bancaire américaine de 1907, aussi nommée Panique des banquiers, survient lorsque le marché boursier s’effondre brusquement, perdant près de 50 % de la valeur maximale atteinte l’année précédente. Partie de New York, la panique se propage à tout le pays, de nombreuses banques et entreprises étant acculées à la faillite.

Krach de 1929

Le Krach du New York Stock Exchange entre le 24 octobre et le 29 octobre entraîne une crise bancaire qui précipite les États-Unis dans la Grande Dépression. Les événements de ces journées déclenchent la plus grave crise économique mondiale du xxe siècle.

Le krach d’octobre 1987


À partir de janvier 1987, à cause du déséquilibre causé sur le marché des changes par les accords du Louvre, qui ont enrayé de force la baisse du dollar, les taux d’intérêt à long terme américains remontent considérablement, tandis que les marchés d’actions continuent, eux, de progresser. À la fin de l’été, les taux à 10 ans sont ainsi remontés de 300 points de base, rendant illogique la valorisation des actions, qui amorcent un important mouvement de repli. Le 19 octobre, la hausse des taux à 10 ans sur l’année atteint même brièvement 400 points de base et provoque finalement le krach le plus spectaculaire jamais enregistré en une journée sur un marché d’actions. La banque centrale américaine décide d’intervenir massivement comme prêteur de dernier ressort pour éviter des faillites en chaîne de maisons de titres et banques d’investissement.

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La crise des dotcoms (2001)

Crise de surinvestissement dans les télécoms, de surendettement d’une partie des sociétés, et de négligence de certaines contraintes : pour acheter un article par internet, il suffit de quelques clics, mais pour le livrer dans la qualité et les délais prévus, il faut une logistique que nombre de “net-vendeurs” n’avaient pas. Le Krach boursier de 2001-2002 est parfois comparé au Krach de 1847.

La crise des subprimes (2008)

Provoqué par la titrisation des créances douteuses issues de la bulle immobilière américaine des années 2000. La crise éclata pendant l’été 2007 (connu alors comme la crise des subprimes). Elle s’est manifestée par une baisse de l’immobilier, un effet domino provoquant l’effondrement de diverses grandes banques dans le monde et une baisse des bourses d’actions. Les banques centrales (BCE et Fed principalement) ont injecté d’importantes liquidités. L’adoption d’un plan de sauvetage du système bancaire aux États-Unis (plan Paulson) et d’autres mesures prises notamment en Europe n’ayant pas suffi à rétablir la confiance, une chute des bourses mondiales s’est déroulé en octobre 2008. Le marché interbancaire est de son côté presque totalement paralysé par des taux d’intérêt très élevés et une crise de confiance généralisée. L’économie non financière commence de son côté à être atteinte par la crise. Les fonds de retraite des États-Unis ont à ce moment perdu 2000G$ US en un an.

La crise des dettes Grecques (2010)

Elle commence fin 2009 mais ne devient réellement visible qu’en 2010. Elle résulte à la fois de la crise économique mondiale et de facteurs propres à la Grèce : un fort endettement (environ 120 % du PIB) et un déficit budgétaire avoué qui passe de 6 % du PIB à 12,7 % pour finalement atteindre 15,4 %. Cette crise est en grande partie due au manque de transparence dont a fait preuve le pays dans la présentation de sa dette et de son déficit. La crise menace de s’étendre à d’autres pays, notamment le Portugal et l’Espagne, des pays fragiles qui ont été amenés à prendre des mesures de rigueur. Pour certains, cette crise traduirait les difficultés d’une Europe menacée de déclassement.

La crise du coronavirus (2020)

Avec le début de l’épidémie de Coronavirus au début du mois de décembre 2019 en Chine, la maladie se répand à travers le monde et cause une chute libre des Bourses mondiales, principalement les bourses asiatiques et européennes, zones les plus touchées par l’épidémie. C’est au cours de cette crise que le CAC 40 enregistre la pire séance de son histoire.

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